« Le nègre vous emmerde », enfin le T-shirt est sorti

novembre 7th, 2009 Posted in A lire ou à relire…, Billets d'Humeur, Evènements | No Comments »

« Il y a pas les grands et les petits. Il y a que nous sommes tous des peuples et que nous méritons d’être considérés comme des peuples avec la dignité que cela représente.

J’ai apporté une parole d’homme. Il y a l’homme, c’est très important, l’homme tout court. Je crois vraiment à l’homme, à l’humanité et à la fraternité.

Et quand je parlais de négritude, c’était pour répondre précisément aux racistes qui nous considéraient comme des nègres, autrement dit des riens. Et bien non ! Nègre vous m’appelez et bien oui, nègre je suis. N’allez pas le répéter, mais le nègre vous emmerde. »

Aimé Césaire

Enfin, voilà le premier T-shirt sur la Négritude, unisexe de très bonne qualité à manches courtes et col V, disponible dans les tailles S/M/L/XL au prix unique de 25 euros frais de ports compris. A commander sur le site, par courriel inversalis.productions@orange.fr ou en écrivant à Librairie des Mémoires, 13 rue Cavenne 69007 Lyon. Tél 0437910733

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La crise de l’Outre-Mer Français vue par……

juillet 29th, 2009 Posted in Evènements | 1 Comment »
Guadeloupe, Martinique, Réunion

Guadeloupe, Martinique, Réunion

Le président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, avant de fouler le sol d’Haïti, doit avoir rendu justice au général Alexandre Dumas!

février 7th, 2010 Posted in Billets d'Humeur | No Comments »

Le président de la République française s’apprête à se rendre en Haïti, à la suite du cataclysme qui a frappé ce pays, faisant plus de deux cent mille morts. C’est la première fois qu’un chef d’État entreprendra une telle visite qui est lourde de sens quand on sait le rôle peu glorieux que la France a joué dans cette île depuis le traité de Ryswick en 1697. La France a martyrisé HaÏti pendant quatre siècles. La compassion un peu forcée affichée aujourd’hui ne saurait le faire oublier.

1. La traite, tout d’abord.

Un million d’hommes, de femmes et d’enfants, ont été déportés d’Afrique en Haïti par la France, entre 1697 et 1791, laissant au cours des opérations de traite cinq millions de victimes en Afrique.

2. L’esclavage ensuite.

Ces déportés ont été exploités en Haïti dans des conditions qui furent les plus dures de toute l’histoire de l’esclavage aux Amériques. L’espérance de vie d’un esclave déporté par la France en Haïti n’était que de quelques années. Heureusement les esclaves se révoltèrent et devinrent citoyens français en 1794. Avant l’abolition, ils faisaient vivre un Français sur huit et assuraient l’équilibre du commerce extérieur de ce pays. Les richesses procurées aux Français par le travail criminellement infligé aux esclaves se chiffrerait en dizaines de milliards d’euros. Ce préjudice n’a jamais été réparé, ni seulement regretté.

3. Les crimes contre l’humanité de 1802-1803.

En 1802 et 1803. La France, bafouant les acquis de la Révolution, a tenté de rétablir l’esclavage en Haïti. Devant l’impossibilité de ce rétablissement, un génocide a été tenté avec des moyens qui rappellent parfois les heures les plus sombres du XXe siècle. La guerre civile et les exactions commises par la France pendant la période 1802-1803 ont causé autant de victimes parmi les Haïtiens que le tremblement de terre de 2010.

4. L’extorsion frauduleuse d’une indemnité aux Haïtiens en 1825.

Sous la menace d’une reconquête, la France a exigé d’Haïti, le pays qui l’avait vaincue, le paiement d’une ignoble indemnité de 150 millions de francs or, ultérieurement réduite à 90 millions. C’était le prix des esclaves perdus. Au lieu de les indemniser pour le mal qu’on leur avait fait, on leur a fait payer, à eux et à leurs descendants, le prix d’une liberté qui n’a jamais appartenu à la France. Au paiement du principal, est venu s’ajouter le paiement de nombreux emprunts consentis par des banques françaises. Malgré l’établissement de la République et la proscription générale de l’esclavage, les Haïtiens ont continué à payer aux Français leur dette jusqu’au beau milieu du XXe siècle. En 2004, le gouvernement haïtien estimait le préjudice à 21 milliards de dollars.

5. L’hébergement du dictateur Duvalier.

La France héberge depuis 1984 le dictateur Jean-Claude Duvalier, alias baby Doc, accusé de violation des droits de l’homme et de vol de sommes appartenant aux Haïtiens. Le statut dont il bénéficie a été refusé à des centaines de milliers d’Haïtiens, expulsés du territoire français.

6. La participation au coup d’État du 29 février 2004.

La France, au mépris de la constitution haïtienne et des élections régulières qui s’étaient déroulées, a participé, d’une manière aujourd’hui indiscutable, à un coup d’État contre le président Jean-Bertrand Aristide, qui était le premier président légitimement élu de l’histoire d’Haïti. Elle a également participé à son enlèvement et à sa séquestration dans un pays qui était notoirement, à l’époque, sous le contrôle de la France, la république centrafricaine. Elle a en outre organisé une campagne de diffamation à son encontre, notamment par le biais du ministère des Affaires étrangères.

7. La réglementation particulière imposé aux Haïtiens à l’entrée des départements d’outre-mer français.

Alors que la France se gargarise de grands principes et de « continuité territoriale », le visa d’entrée en France pour un Haïtien n’est valable ni en Guadeloupe ni en Martinique, ni en Guyane. Un second visa doit être accordé par le préfet de ces départements, qui agit dès lors comme pouvait agir le gouverneur d’une colonie au temps de l’esclavage. Ces mesures résultent de la hantise de la France esclavagiste de voir ses colonies contaminées par le virus de la liberté dont le germe s’était développé en Haïti.

8. La symbolique vexatoire.

La France a donné à l’aéroport de Cayenne en Guyane le nom de Rochambeau, le général qui tenta d’exterminer les Haïtiens en les gazant au souffre et en les livrant ç des chiens dressés à dévorer les «nègres».

9. La volonté constante d’empêcher Haïti de se développer.

La politique de la France à l’égard d’Haïti depuis 1802 est de s’en servir comme d’un épouvantail pour les Français d’outre mer qui songeraient à l’indépendance. De ce fait, la prétendue « coopération » n’a toujours été qu’un mélange de saupoudrages, de mesures factices, et d’actions de déstabilisation. On notera que les Français descendants d’esclaves sont systématiquement écartés depuis 1802 de toutes responsabilités liées à la politique française à l’égard d’Haïti.

Même si la France n’est pas le seul pays à avoir martyrisé Haïti et à se comporter avec une telle violence, ces faits constituent un lourd passif et donnent à la visite du président de la République française un caractère éminemment historique et solennel qui n’échappera à aucun observateur, en France, comme à l’étranger.

Il appartient aujourd’hui à la France de changer de cap et de rompre avec quatre siècles d’agissements honteux.

Sans attendre qu’Haïti soit frappée par une catastrophe qui n’est qu’un malheur naturel venant s’ajouter à la cruauté des nations réputées civilisées, l’association des amis du général Dumas a présenté au président de la République française une demande symbolique.

Le général d’armée haïtien-français Alexandre Dumas, père du célèbre écrivain, fut la victime collatérale de la politique menée par la France contre Haïti. Né esclave, donc victime de ce qui est aujourd’hui reconnu comme un crime contre l’humanité, il fut en 1802 également victime d’un fléau qui continue de ravager la France non seulement dans sa relation avec certains pays tels qu’Haïti, mais aussi dans la relation de ses gouvernements avec certains Français, descendants d’esclaves ou d’indigènes. Ce fléau a pour nom le racisme. Le général Alexandre Dumas est le plus grand héros de la Révolution française. Mais sa couleur de peau l’a privé de tous honneurs auxquels sa bravoure et son dévouement à la nation lui donnaient droit. Il est le seul général de l’histoire de France depuis 1802 auquel on ait refusé la Légion d’honneur. Bien plus, le gouvernement français, pour une raison qui ne peut s’expliquer autrement que par le racisme, est allé jusqu’à refuser, en 2006, d’inscrire le bicentenaire de sa mort sur la liste des commémorations nationales officielles.

Le général Dumas avait reçu un sabre d’honneur lors de la prise d’Alexandrie en juillet 1798. La remise de ce sabre est attestée, de manière incontestable, par un document autographe, tracé de la main du général Dumas et conservé au musée Dumas de Villers-Cotterêts. La remise de ce sabre d’honneur par Bonaparte faisait du général Dumas un membre de droit de l’ordre de la Légion d’Honneur. Un second document, daté de 1804, et signé de la main du maréchal Murat, également conservé au musée de Villers-Cotterêts, établit que le général Dumas a accompli la démarche pour que ce droit lui soit au moins reconnu. Même le maréchal Murat, beau-frère de Napoléon, dès 1804, soutenait publiquement le général Dumas, dans cette démarche légitime.

Pourtant une certaine France, depuis 1802, refuse, par racisme, d’accorder au général Dumas ce qu’il demandait. C’est la même France qui, par racisme, s’attache aujourd’hui à salir la mémoire de son fils, en lui contestant jusqu’à sa qualité d’auteur, en lui contestant jusqu’à la couleur de sa peau.

L’admission à titre posthume du général Dumas dans l’ordre national de la Légion d’honneur a été refusée par Jacques Chirac en 2002. C’est le même Jacques Chirac qui, assisté de Dominique de Villepin, a refusé que le bicentenaire du général Dumas soit commémoré en 2006. Ces deux hommes, il est vrai, venaient de soutenir un coup d’État en Haïti.

L’association des amis du général Dumas a réintroduit la demande d’admission de cet officier dans l’ordre national de la Légion d’honneur auprès du nouveau président, M. Nicolas Sarkozy, appuyée par une pétition signée par plus de 2000 personnes de par le monde, dont de très nombreux Haïtiens. Pour l’instant, il n’a pas été donné satisfaction à cette demande, sans qu’elle soit pour autant rejetée. Rien n’indique que jusqu’à présent ce dossier ait été prioritaire pour M. Nicolas Sarkozy. Mais le voyage qu’il a décidé change la donne.

Le fait, en effet, pour le président de la République, de se rendre en Haïti, sans se prononcer au préalable, de manière claire et solennelle sur cette demande, qui se trouve du reste soutenue par M. René Préval, actuel président de la République d’Haïti, serait le signe que l’attitude du président Sarkozy envers Haïti reste dans la continuité des exactions négrophobes plus haut évoquées. Il appartiendrait, dans ce cas, à tous les Haïtiens et aux Français de métropole et d’outre-mer victimes de discriminations d’en prendre immédiatement acte. Car que pourrait-on espérer d’un président de la République qui promettrait la justice pour les Français d’aujourd’hui et se refuserait, quelles que soient les raisons invoquées, à réparer, sans que cela coûte un centime à la République, une injustice vieille de plus de deux cents ans ? Un président de la République qui promettrait de promouvoir la « diversité», mais qui refuserait d’honorer le plus illustre des héros de cette « diversité ». Un président de la République, en outre, qui ne tiendrait pas sa parole, puisqu’il s’est engagé dès le 8 février 2008, les yeux dans les yeux, à « faire le nécessaire pour le général Dumas » ?

C’est pourquoi l’association des amis du général Dumas vous demande aujourd’hui de soutenir publiquement cette démarche symbolique et légitime, non seulement vis-à-vis d’Haïti, mais de tous les Français discriminés, en signant la pétition pour que le général Dumas soit rétabli dans ses prérogatives et en intervenant dans ce sens auprès du Président de la République française avant qu’il ne se rende en HaÏti le 17 février 2010.

Claude Ribbe,

écrivain,

président des Amis du général Dumas

Signature de la pétition :

http://www.claude-ribbe.com/index.php?option=com_petitions&view=petition&id=47&Itemid=74

Cataplasme de Max Rippon

février 7th, 2010 Posted in A lire ou à relire… | No Comments »

Un poème pour Haïti de Max Rippon depuis la Guadeloupe

Les hasards d’un commerce cupide
Nous a fait germer sur des rives distantes
Nous, long lasso d’îles chevauchant les failles profondes
Tétons hérissés dans les turquoises caraïbes
Te voilà Haïti Toma
Sœur blessée
Terre lardée
Linceul césarisé à vif
Si je devais parler de toi encore
Jumelle aride tant de fois éprouvée
J’épouserais le plus infime battement de ton cœur
Pour essorer tes plaintes résignées
Avec mon drap trop vieux, de hardes remisées
Les hasards de ce commerce cupide et honteux
A fait partition de terres soumises
Et ton sol tant de fois mis à rude partie
De sang asséché depuis si longtemps
S’est laissé briser en une seule semonce à sept degrés décomptés
Si je devais alors
Dire ma part de souffrances
Quand tes tripes le soir
S’étalent à même les flancs des coulées cathodiques
Je me ferais fils de Toma chérie
Délitant mes douleurs dans les rizières silencieuses de l’Artibonite inconsolée
Je me ferais messager vagabond des guerriers aphones
Pour chambouler la sieste des puissants
Je me voudrais buvard multiple, docile et poreux
Pour éponger tes larmes
Pour partager tes doutes et lever tes inquiétudes
J’interrogerais les lendemains lointains plongés dans la gorge des horizons
Pour donner à tes jours le meilleur du brillant des soleils
Je fermerais les yeux aux assauts des midis grondants
Pour t’inventer des aubes qui esquivent l’engourdissement du dernier angélus

Une parole pour Haïti. Janvier 2010
Max Rippon

Nous ne sommes pas à notre première fin du monde en Haïti

février 7th, 2010 Posted in A lire ou à relire… | No Comments »

Ici la mort saccage abondamment. Nous pleurons nos morts sans plus disposer d’une seule goutte de larme dans le corps. Plus de dix jours après le drame, les rues sont dégagées de leurs montagnes de cadavres. Les familles qui ont découvert leurs morts les enterrent sans perdre de temps dans leur cour, question d’éviter la fosse commune. Ces morts-là, ne sont pas encore déclarés. De toutes les victimes de cette fin du monde sur mesure, en saura-t-on jamais le nombre un jour ?

Les rues sont déblayées, mais les ruines mangent tout l’espace, faudrait attendre encore des semaines, voire plusieurs mois pour débarrasser la cité de tous ces bâtiments brisés, de toutes ces vies cassées en bloc sous les décombres.

Ces derniers jours à Port-au-Prince, après le séisme assassin-démolisseur de magnitude 7, les habitants se réveillent, pour ceux qui arrivent à dormir, avec le saisissement d’être authentiquement vivants. Les questions d’urgence qui se posent lors des retrouvailles… Est-ce qu’un tel ou une telle a survécu ou pas ? Si la personne a survécu, ça provoque un soulagement, sinon on accepte sans mot dire.

Plus de dix jours après, et je suis sûr que ça va me coûter la vie entière, cette tristesse insoutenable, cette perte capitale que celle d’une ville, avec ses palais et ses élus. Ses églises et ses dieux. Tous les lieux symboliques ont coulé bas (bibliothèques, musées, écoles publiques et privées) Que reste-t-il quand tout s’effondre ? Une foule éperdue qui ne sait plus sur quel pied danser. Des artistes peut-être. Des citadelles de douleur sûrement. Des rêves de tombeaux munis de masques à oxygène pour accueillir nos morts dans une éternité plus respirable.

Hier mes frères sont venus me rendre visite, m’apportant des provisions de nourritures en provenance de Hinche, où toute ma famille s’est entassée dans la maison maternelle. Il parait que cette ville n’a pas du tout été touchée, pas un seul mort, pas un blessé. Donc ma sœur sinistrée du côté de Canapé-vert à Port-au-Prince, a pris ses jambes à son cou avec son mari et ses quatre enfants pour se réfugier avec les autres membres de la famille sous le toit maternel. Un rêve que ma mère chérissait depuis toujours, celui de rassembler en même temps ses enfants et ses petits enfants. Elle envoie mes frères comme messagers pour me convaincre de retourner sans délai avec ma compagne et ma petite fille. Les sismographes prétendent que cette ville, par sa position géographique, serait toujours épargnée au cas d’un éventuel séisme. Mes frères se lamentent, on n’a toujours pas de nouvelle de Blanc, notre cousin. Ce dernier, je présume, doit être porté disparu, j’en connais beaucoup de cet ordre-là, dont jamais on ne saura comment faire le deuil. C’est le cas de l’amoureux de Sergine, Gérard Le Chevallier, un magnifique salvadorien passionné d’Haïti. Il venait d’inscrire sur sa peau un tatouage de la terrible déesse Erzulie Dantor. Les secouristes n’ont pas encore repéré Le Chevallier qui était l’une des éminences grises de la mission onusienne perdue sous les décombres de L’hôtel Christopher. Mes frères ajoutent d’autres noms propres dans mon carnet de nécrologie intime : Samanta, Liline, ainsi que l’épouse toute neuve du fils ainé de mon parrain.

Je n’arrive pas à me consoler pour l’ami Axel, ce père de famille quadragénaire qui remuait ciel et terre pour élever dans la dignité ces trois enfants, tous péris sous les décombres de sa maison à la rue Chrétien. Comment dormir sinistré avec autant de morts issus d’une même famille ?

Je pense à mon ami, l’écrivain Georges Anglade, tué avec sa femme Mireille par le séisme. La veille, il m’avait adressé un beau courrier rayonnant de mille feux, pour saluer en même temps mon retour en Haïti et la naissance de ma fille. On se promettait de trinquer nos verres à la soirée d’ouverture du festival Étonnant voyageur qui devait débuter le lendemain, mais la fête des voyageurs étonnés n’aura pas lieu en ce maudit soir du douze janvier, car Port-au-Prince était déjà une ville au soir de sa vie. Définitivement trop triste la date du douze janvier. Douze comme si toutes les heures pleuraient en même temps la perte sèche de toutes ces vies.

Que dire de la ville de Léogane ? De la ville de Jacmel ? Détruites comme des châteaux de cartes. Quelqu’un nous a appelé le lendemain pour nous apprendre que la mer de Jacmel était partie. Il y voyait des poissons morts plongés dans un fond sec. Nous craignions tous un retour en force de cette mer, le risque du tsunami, mais ce phénomène redoutable a dû se rendre compte qu’il était déjà passé par là et a laissé tomber le projet de revenir avec bruits et fureurs.

L’après tremblement de terre est une réalité, une expérience hors norme à laquelle les Haïtiens doivent faire face avec beaucoup de fiel, pour se remettre debout, beaucoup de transcendance et de force intérieure pour se remettre et réapprendre à marcher. Je pense comme à un film d’horreur aux 200 000 blessés dont, pour la plupart, les médecins ont dû, pour faire court, enlever un bras, ou amputer une jambe. Serait-il trop tôt pour s’apitoyer devant le sombre tableau de tout un peuple d’éclopés, de veuves et d’orphelins, sans compter le lot des détraqués. Pensons à la profondeur du trauma et à toutes les folies inédites que nos pauvres têtes vont devoir encaisser.

Nous ne sommes pas à notre première fin du monde en Haïti

L’année 2004 c’était hier, date marquant le bicentenaire de la république d’Haïti, mais la fête n’a pas eu lieu. Allez savoir pourquoi ? Une bonne occasion pour réveiller les fantômes parlants et pour ouvrir la boîte de pandore. Une bonne occasion aussi pour la presse occidentale d’en finir avec les clichés, de cesser d’être des ruminants d’un bricolage d’histoire, monté de toutes pièces, raconté pour elle et par elle-même. Lors de cette fameuse année 2004, le monde a retenu de nous l’image négative d’un peuple de barbares s’entre-déchirant deux cents ans après une révolution. Lors de cette même année, une tempête surnommée Jeanne la tueuse a fait plus de trois mille morts dans la cité des Gônaives. Le monde entier a dû retourner les projecteurs sur le pays. Des centaines de millions de dollars ont été promis. Des dizaines de millions ont été volatilisés avant même d’arriver dans la ville inondée. La presse internationale avait une folle compassion pour nous, mais le coup de théâtre s’est produit avec le Tsunami qui nous a volé le rôle de triste vedette sur la scène internationale.

Et Haïti s’est remis de plus belle à hurler sans témoins, à pleurer dans la solitude.

C’était hier encore, en 2008, on s’en souvient, quatre tempêtes, phénomènes rares dans la littérature météorologique haïtienne, ont frappé coup sur coup le pays. Les journalistes de l’univers s’excitaient pour nous une fois de plus, mais la crise économique mondiale nous a pris par-derrière.

Dans cet univers en banqueroute, il était devenu presque impudique de crier au-secours.

Maintenant voici qu’arrive un séisme de magnitude 7.3, ce qui ne rentre pas du tout dans les habitudes du sol haïtien. Ce tremblement de notre tiers d’île qui a provoqué un tressaillement mondial est un test brutal pour nous les Haïtiens et un grand cri d’alerte pour le monde. Au plus fort de ces manifestations de solidarité planétaire, Haïti serait-elle encore blackboulée par une autre catastrophe qui pourrait survenir dans n’importe quel coin du globe, replaçant le pays derrières ses barreaux familiers et l’oubli coutumier ?

Port-au-Prince
30 janvier 2010

Poète, né à Hinche (Haïti) en 1978, James Noël est considéré aujourd’hui comme une voix majeure de la littérature haïtienne. Ses poèmes sont dits et mis en musique par des interprètes de renom tels Wooly Saint-Louis Jean, Pierre Brisson et tant d’autres. 
Entre un hymne engagé à l’amour et une colère orageuse, se dégage de sa poésie, comme il se plaît à l’appeler, la «métaphore assassine».

Un vent salé nous vient du large avec la poésie de James Noël. Poésie toujours à double tranchant, sensuelle et tendre, violente et douce, âpre et sensible, poésie généreuse, soucieuse d’avancer, de partager le lot commun avec ses frères de peine, d’étarquer cette voile déchirée, celle de l’espoir d’un monde meilleur, sans cesse à construire et dont les mots du poète sont souvent les premières pierres.
Jacques Taurand

Appel de détresse de Jean-Claude Fignolé

février 7th, 2010 Posted in Evènements | No Comments »

C’est un appel de détresse que je lance. Ma commune s’impose d’accueillir près de 8 000 rescapés du séisme dont certains ne sont pas originaires de la région. Vendredi, pour l’ensemble du département, les services de la protection civile en avaient déjà enregistré 80 750. Plusieurs orphelins, égarés, hébétés, venus d’un ailleurs dont ils ne se rappellent pas le nom hantent les campagnes. Il a fallu les prendre en charge, sans assistance sinon grâce a la générosité de quelques amis haitiens, antillais, français, belges et la générosité de quelques familles paysannes auxquelles la mairie a donné par enfant une ration d’un demi kilo de riz et une boite de lait. Geste dérisoire qui ne suffit pas a pallier un certain inconfort … moral ni à me donner bonne conscience comme représentant d’une … autorité pratiquement faillie. J’ai découvert dans le yeux hagards de ces enfants affamés, qui avaient attendu sur les quais de Port-au-Prince plus de huit jours avant d’être évacués vers leurs lieux présumés d’origine ce que peut être l’indignité d’un pouvoir central qui de plus en plus s’absente de ses territoires de responsabilité.

Je m’attendais à des difficultés d’approvisionnement à court terme. Force est de constater que la précarité s’installe en termes d’immédiateté. Au marché du lundi, les produits vivriers ont disparu des étales aux premières heures. Un effet de rareté ? Face à l’abondance des récoltes, la mairie avait envisagé l’épuisement des réserves à fin février. Une erreur d’appréciation du volume des arrivants. À voir le flux, une espèce de conglomérat humain, on ne peut plus parler de nombre mais de volume. Et de la pression, de la menace que cela représente. Les produits de première nécessité manquent déjà. Notamment le sucre. Hier soir une âme généreuse m’a offert une tasse de thé « braque » avec du jus de canne à sucre. On se console du goût âcre en prétextant que le jus de canne est un … fortifiant.

À la précarité s’ajoute l’angoisse. Le pouvoir central est désespérément indifférent à la misère physique et morale de cette population qui, revenue en ses lieux d’ancrage, s’en trouve pourtant déracinée. La terre continue de trembler sous ses pieds et plus que jamais lui donne le sentiment de sa vulnérabilité. De sa fragilité. Perdue, seule, abandonnée. Elle n’a plus de repère sinon les édiles à qui elle demande de faire un miracle : la prendre en charge. Avec quoi ? Le gouvernement n’assiste pas. L’aide internationale,on en parle mais personne ici ne sait ce que c’est. Une seule question sur toutes les lèvres. Survivra-t-on ?

Jean-Claude Fignolé, maire de la commune des Abricots

La piraterie comme action politique

février 7th, 2010 Posted in A lire ou à relire… | No Comments »

On peut s’étonner que des pirates africains bénéficient d’autant d’appuis (supposés) et surtout qu’ils versent ainsi dans l’humanitaire.

Mais ce serait omettre la dimension politique de leur comportement. La solidarité des pirates avec le peuple d’Haiti tient surtout à une colère farouche envers les Occidentaux.

« L’aide humanitaire pour Haïti ne saurait être contrôlée par les Etats-Unis et l’Europe qui n’ont pas de légitimité morale pour le faire. Ce sont eux qui piratent l’humanité depuis des années » , aurait ainsi indiqué l’un des porte-paroles des pirates.

Car ceux que nous envisageons comme des malfaiteurs – et de fait ils se livrent à des actes délictueux – sont souvent avant tout des pêcheurs ruinés, et parfois même affamés, qui ont décidé de ne plus laisser faire l’exploitation industrielle des eaux somaliennes par les navires occidentaux.

Pillage et déversement de déchets

« Les grands chalutiers qui pêchent illégalement au large de la Somalie capturent chaque année pour plus de 300 millions de dollars de thons, crevettes, homards et autres espèces dans ces eaux dépourvues de protection », indiquait dans The Independent, John Harris.

Au pillage de la ressource halieutique s’ajoute le déversement sans contrôle par de bateaux étrangers de déchets de toute sorte.

Un rapport de l’ONU a ainsi indiqué que le tsunami de 2005 en Asie du Sud-est en 2005 a fait remonter quantité de déchets nucléaires lâchés au large de la corne d’Afrique de l’Est.

Les pirates somaliens ont donc commencé par tenter de dissuader les navires poubelles et les grands bateaux de pêche avant de s’organiser pour les faire payer.

Robin des bois

Les grandes puissances occidentales sont donc leur principaux ennemis.

Et il n’est pas très étonnant qu’ils éprouvent en conséquence de l’empathie avec le peuple Haïtien à travers une lecture politique : la pauvreté de Haïti proviendrait de l’incurie du gouvernement local et le cynisme des puissances occidentales qui auraient ruiné le pays et non pas uniquement en raison de catastrophes naturelles répétées et encore moins par on ne sait quelle malédiction divine.

En envoyant de l’aide à Haïti, les pirates haïtiens doivent penser agir comme des Robin des Bois…

Projection du film « Lee-Kyung-Hae » Un film de Daniel Tromben Rojas

février 7th, 2010 Posted in Cinéma | No Comments »

Projection le jeudi 11 février 2010 à 20h au Cinéma Le Nouveau Latina – Paris
Suivi d’un débat en présence du producteur, Décric Gimet.

Par amour de la terre et du métier de paysan, Lee Kyung Hae est devenu agriculteur. Au prix de nombreux sacrifices, il a développé son activité.  Mais poussé au désespoir par les politiques agricoles menées au niveau international dont il a subit de plein fouet les conséquences, il se donne spectaculairement la mort à Cancùn le 10 septembre 2003, aux pieds des barricades protégeant la Conférence de l’OMC.

Qu’est-ce qui a poussé ce petit paysan Coréen, pacifique et engagé, à commettre un acte aussi radical et violent ?

Prenant appui sur ce geste d’ultime désespoir, le réalisateur Daniel Tromben Rojas décrypte avec force clarté les rouages d’un système qui, en dépit du bon sens, repousse aux confins de la détresse des milliers de petits exploitants dans le monde. Hommage ultime, docu-testament, LEE KYUNG HAE porte enfin à l’attention du monde tout ce que Lee n’as pas su nous dire avec des mots. Ou que nous n’avons pas su entendre.

Togo : Kofi Yamgnane privé de campagne pour la présidentielle

février 7th, 2010 Posted in Evènements | No Comments »

L’ancien secrétaire d’Etat français était candidat à la présidentielle togolaise, le 28 février prochain. Jusqu’à ce que la Cour constitutionnelle s’en mêle… Et décide aujourd’hui de rejeter sa candidature.

C’est une décision “qui ne repose sur rien” dit le principal intéressé… Et pour cause : sur décision de la Cour constitutionnelle du Togo, Kofi Yamgnane ne pourra pas se présenter à l’élection présidentielle du 28 février prochain.

La Cour a relevé que, sur ses papiers d’identité français, Yamgnane était né le 11 octobre 1945 ; et sur ses documents togolais, le 31 décembre 1945.

“Cette situation est de nature à semer la confusion sur l’identité de la personne et par voie de conséquence à fragiliser la sécurité juridique et judiciaire inhérente à la magistrature suprême du pays”, a tranché la Cour.


Togo : Rejet de la candidature de Kofi Yamgnane

Qui a dit argument spécieux ? Kofi Yamgnane lui-même ne s’y est pas trompé.

Selon lui, cette décision ne vise qu’à écarter le candidat le plus dangereux pour le parti au pouvoir, le Rassemblement du Peuple togolais. Le RPT a investi, le 12 janvier dernier, le président sortant Faure Gnassingbé, élu en 2005 dans des circonstances chaotiques et fils du général Eyadéma, qui a dirigé le pays pendant 38 ans…

Dans l’immédiat, Kofi Yamgnane annonce avoir déposé un recours en annulation… Mais une décision de la Cour constitutionnelle n’est pas normalement susceptible d’appel.


Togo : La candidature de Kofi Yamgnane à la présidentielle

NON au retour des camps !

février 7th, 2010 Posted in Evènements | No Comments »

Mobilisation contre l’ouverture du nouveau centre de rétention du Mesnil-Amelot (77) et à la banalisation des camps d’internement en France !

« Non à l’ouverture d’un camp d’internement des étrangers !

Alors que les audiences du procès des inculpés de l’incendie du centre de rétention de Vincennes se poursuivent, l’administration s’apprête à créer à nouveau les conditions d’un drame.

La construction du nouveau centre de rétention du Mesnil-Amelot (77) est achevée. L’ouverture est prévue dans quelques semaines. Avec 240 places de rétention, ce centre sera le plus grand de France. Il s’ajoutera au premier centre de rétention du Mesnil-Amelot qui compte déjà 140 places.

L’entrée en fonction de ce véritable camp marque une nouvelle étape de ce que les associations de défense des droits des migrants ont qualifié depuis 2004 d’industrialisation de la rétention. D’exceptionnel, l’enfermement des personnes en situation irrégulière devient peu à peu un outil banal de la politique migratoire.

Le centre de rétention comptera 240 places dont 40 places réservées aux familles. Il est organisé en 6 unités de vie de 40 places autour de deux bâtiments administratifs jumeaux eux-mêmes reliés par une passerelle de commandement. Une double enceinte grillagée et barbelée entoure l’ensemble du camp. Des dizaines de caméras, des détecteurs de mouvements s’ajoutent à cet univers carcéral.

Comme pour le CRA de Vincennes, l’Administration utilise la fiction de deux centres de rétention mitoyens pour contourner la réglementation : celle-ci limite à 140 places la capacité d’un centre de rétention.

La construction envisagée de deux salles d’audiences à proximité immédiate du camp instituera une justice d’exception éloignée de tout regard de la société civile.

Un centre de 240 places représente une moyenne de 40 arrivées par jour (c’était le cas au CRA de Vincennes avant l’incendie du 22 juin 2008). Comme l’a montré la situation de Vincennes, ce type d’univers déshumanisé favorise, encore plus qu’ailleurs, le non-droit, les violences, les auto-mutilations et les tentatives de suicide.

Les associations signataires s’opposent à l’ouverture du futur centre de rétention du Mesnil-Amelot. Elles dénoncent la criminalisation des migrants et appellent les citoyens et les élus à se mobiliser contre l’internement administratif des étrangers.

Premiers signataires : ADDE, Comede, ELENA-France, Emmaüs, Gisti, La Cimade, Ligue des droits de l’homme, Migreurop, MRAP, Réseau Education Sans Frontières, Secours Catholique, Syndicat des Avocats de France, Syndicat de la Magistrature

Pétition et informations sur le site de la campagne :

http://www.lacimade.org/minisites/mesnil2

Contact : contrecramesnil@placeauxdroits.net

Patrick Lozès aura-t-il le cran de défier la justice?

février 7th, 2010 Posted in Billets d'Humeur | No Comments »

Le TGI de Paris a annulé son élection à la tête du CRAN, mais il veut y rester.

Le Tribunal de grande instance de Paris a annulé, la semaine dernière, la reconduction, fin novembre 2008, de Patrick Lozès à la tête du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN). La même décision interdit à certains de ses opposants de faire usage de la dénomination CRAN. Le camp Lozès prétend qu’il continuera de gérer l’association, la décision de justice étant susceptible d’appel. Mais pour ses adversaires, le CRAN n’a plus de président.

Nouvel imbroglio à la tête du CRAN. Dans une décision rendue mardi dernier, le Tribunal de grande instance (TGI) de Paris annule la reconduction de Patrick Lozès à la tête de l’association. Pour les adversaires de Patrick Lozès qui lui reprochaient d’avoir été réélu de façon irrégulière lors de l’assemblée générale de l’association qu’il avait convoquée le 23 novembre 2008, cette décision constitue une victoire.

Seules les associations membres du CRAN, qui sont des personnes morales, avaient en effet été autorisées à voter ce jour-là, pas les personnes physiques. « (…) Il ne résulte d’aucune de ces dispositions que les personnes physiques soient exclues des votes soumis à l’assemblée générale que ce soit pour définir la ligne du Cran ou pour élire son président », a argumenté le TGI, citant les statuts de l’association.

Toutefois, Patrick Lozès, qui avait de son côté demandé au tribunal d’interdire à certaines personnes d’agir au nom du CRAN, a également eu gain de cause sur ce point. Le jugement interdit ainsi aux principaux adversaires du président contesté, à l’instar de Nathalie Daouda, Françoise Jupiter, Maguy Gestel et Charles Lebelge Jombi, sous astreinte de 1000 euros par infraction, d’utiliser la dénomination du CRAN.

Panier à crabes

L’origine du contentieux remonte à un peu plus d’un an. Le 18 octobre 2008, à Paris, une assemblée générale présidée par Nathalie Daouda, membre de l’association, voit se cristalliser deux blocs antagonistes entre pro et anti-Lozès. Elle s’achève dans la confusion sans que l’ordre du jour ait été épuisé. Il n’y a pas eu d’élections, et une motion anti-Lozès déposée par les partisans d’un audit de sa gestion de l’association n’a pas été examinée.

Le 15 novembre, Nathalie Daouda convoque une nouvelle assemblée générale, pour examiner les points laissés en suspens la dernière fois. Il en sort un directoire de six personnes censé remplacer l’équipe Lozès. Mais ce dernier ne s’avoue pas vaincu. Une semaine après, le 23 novembre, le conseil d’administration du CRAN, qui lui est resté fidèle, organise sa propre assemblée. A cette occasion, Patrick Lozès est reconduit dans ses fonctions de président.

Désormais irréconciliables, les deux parties saisissent, chacun de leur côté, la justice, au premier trimestre 2009. Un seul objectif de part et d’autre : obtenir l’interdiction du groupe adverse comme représentant du CRAN. Mariam Babale Mevaa, membre du directoire qui a intenté en solitaire son action contre Patrick Lozès, demande alors au tribunal d’ordonner la désignation d’un administrateur judiciaire qui remplacera ce dernier jusqu’aux prochaines élections.

Une décision de justice controversée

La décision rendue le 26 janvier dernier par le TGI de Paris n’arrange totalement les affaires d’aucun des deux camps. Dans le camp Lozès, on tente de minimiser l’impact du jugement. « Je suis président du CRAN, je reste président du CRAN, je le reste jusqu’à la prochaine élection » a réagi Patrick Lozès, interrogé par Grioo.com. « Une nouvelle élection sera organisée dans les meilleurs délais. Patrick Lozès sera naturellement candidat à la présidence du CRAN. (…) Le jugement n’étant pas assorti de l’exécution provisoire, il ne pourrait s’appliquer qu’en l’absence d’exercice d’un appel, lequel doit être formé dans le mois suivant la notification du jugement », lit-on dans un communiqué adressé à Afrik.com par Philippe Moreau, directeur de la communication et conseiller de Patrick Lozès. « Les membres du Conseil d’administration du CRAN renouvellent leur confiance à Patrick Lozès qui demeure, donc, président du CRAN jusqu’aux prochaines élections », ajoute le communiqué.

Chez les anti-Lozès, cette vision des choses fait sourire. « Je vous renvoie à la première page du jugement où il est marqué « Expédition exécutoire ». Le CRAN pour l’instant, n’a pas de président. La décision du juge constate la nullité de son élection. Pour aller plus loin, ce qu’il a fait depuis novembre 2008 est entaché de nullité. Nous avons désormais un CRAN sans président et sans bureau », observe Mariam Babale Mevaa, ancienne secrétaire général adjointe de l’association, et seule membre du directoire à n’avoir pas été interdite de parler au nom du CRAN par le jugement. « Nous avons pris acte de la décision. Nous sommes en train de réfléchir quant à la suite à lui donner », conclut-elle. « La décision rendue ne va pas assez loin. On ne sait pas exactement qui peut aujourd’hui prétendre agir au nom du Cran, sans enfreindre ce jugement », commente Emmanuel Ntonga, ancien porte-parole du directoire. « On s’achemine vers une procédure en appel », ajoute-t-il.

Besson: « Pérenniser le débat » sur l’identité

février 7th, 2010 Posted in A lire ou à relire… | No Comments »

« Il faut pérenniser ce débat, le rendre permanent, au-delà de telle ou telle échéance électorale. Ce débat passionne les Français », a estimé Eric Besson, dans un billet qui sera diffusé lundi sur le site internet du débat sur l’identité nationale. « D’un débat conçu pour unir, rassembler, des voix s’autoproclamant légitimes ont voulu faire un débat dont l’objet aurait été de stigmatiser les étrangers, les Français d’origine étrangère ou les musulmans. Rien n’est plus vil. Rien n’est plus faux », a ajouté le ministre de l’Immigration. Lundi, le Premier ministre François Fillon devrait organiser un séminaire gouvernemental chargé de proposer des mesures sur ce dossier sensible lancé en octobre dernier.

Appel pour une loi sur les statistiques de la diversité

février 7th, 2010 Posted in Evènements | No Comments »

Ils sont socialistes, écologistes ou membres de la majorité. Et ils se retrouvent sur un point: la mise en place d’une loi sur les « statistiques de la diversité ». Dans un appel rédigé par le Cran (Conseil représentatif des associations noires), Christophe Caresche et Manuel Valls, députés PS, François de Rugy, député Verts, Claude Goasguen et Axel Poniatowski, députés UMP, se prononcent pour des « statistiques anonymes, autodéclaratives, facultatives et sans constitution de fichiers ».

Chaque jour, des millions de Français souffrent des discriminations. Elles les empêchent d’avoir un emploi, d’accéder à davantage de responsabilités ou d’être mieux payés, de louer un appartement pour leur famille, de créer leur propre entreprise ou simplement de se divertir entre amis.

Cette ligne invisible qui sépare certains Français des autres, nous ne devons plus accepter qu’elle fasse, comme aujourd’hui, partie de notre quotidien.

Parce que les enfants noirs, arabes, asiatiques ou métis doivent pouvoir avoir les mêmes rêves, les mêmes envies et le même avenir, à compétences égales, que les enfants blancs.

Parce qu’un droit n’est rien, si la réalité le dément tous les jours. Nous, signataires de cet appel, saluons le travail du Comité pour la mesure et l’évaluation de la diversité et des discriminations (Comedd) présidé par le démographe François Héran, qui vient de rendre son rapport.

Comme le Comedd, nous sommes favorables à la mise en place d’un cadre sécurisé pour le traitement des données sensibles nécessaires à la lutte contre les discriminations, et nous pensons qu’il faut dissocier les catégories d’action des catégories d’analyse. En d’autres termes, nous demandons que les discriminations soient mesurées avec précision. Mais nous sommes vigoureusement opposés à tout projet de fichage « ethnique » et/ou religieux.

Nous approuvons les conclusions du Comedd. Nous pensons qu’il faut maintenant permettre à la représentation nationale de débattre de cette question.

Nous nous prononçons en faveur d’une loi sur les statistiques de la diversité.

Comme le rappelait le Comité sur le préambule de la constitution présidé par Simone Veil, en décembre 2008: « Il est vrai que la lutte contre les discriminations suppose de pouvoir les mesurer ». Et il y a urgence à avancer maintenant car les discriminations demeurent massives dans notre pays. Qui peut affirmer que l’égalité est garantie dans l’accès au logement, à l’emploi, à la santé, à la représentation politique, ou aux loisirs?

En écartant la référence à « l’origine ethnique ou raciale » mais en reconnaissant la nécessité des mesures de la diversité, le Conseil constitutionnel a validé, par sa décision du 15 novembre 2007, les études basées sur le patronyme et l’apparence physique, du moment que, conformément aux recommandations de la CNIL rendues le 17 mai 2007, les études se fassent sur une base anonyme, auto-déclarative, facultative, sans constitution de fichier. C’est très exactement ce que nous demandons.

Pendant longtemps, nous nous sommes réfugiés derrière une idée abstraite de la République. Il est temps que nous regardions la réalité en face. Et que nous fassions des millions de Français des minorités visibles, des citoyens à part entière. N’hésitons pas à le dire, il en va de notre unité nationale. Il en va de l’avenir de notre pays.

Christophe Caresche, Député (PS)
François De Rugy, Député (Verts)
Claude Goasguen, Député (UMP)
Patrick Lozès, Président du CRAN
Axel Poniatowski, Député (UMP)
Manuel Valls, Député (PS)

Statistiques ethniques : un rapport, deux critiques

février 7th, 2010 Posted in Evènements | No Comments »

Patrick Lozès, président du Cran, et Jean-François Amadieu, président de l’Observatoire des discriminations – respectivement pro et anti statistiques ethniques – réagissent au document remis vendredi à Yazid Sabeg.

Après maints reports, le comité pour la mesure de la diversité et des discriminations (Comedd), chargé de réfléchir sur la question controversée des statistiques ethniques, a remis ce vendredi son rapport (Rapport-sur-les-statistiques-ethniques à consulter ici) au commissaire à l’Egalité des chances, Yazid Sabeg.

Le comité, présidé par le démographe François Héran, écarte l’idée d’une nouvelle loi et fait plusieurs propositions. Il préconise notamment de s’en tenir, pour les statistiques publiques courantes, à l’utilisation de données issues de l’état civil, comme le pays de naissance ou la nationalité des parents. Pour autant, il n’écarte pas totalement le recours à des critères ethno-raciaux, comme c’est déjà le cas pour des enquêtes ciblées réalisées par des chercheurs, mais avec un «contrôle accru» de la Commission nationale informatique et libertés (Cnil).

Comment ce rapport est-il reçu ? Les réactions de deux acteurs aux positions contrastées dans ce débat.
«Il faut aller plus loin»

Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires (le Cran), milite de longue date pour des «statistiques de la diversité» (terme que le Cran préfère à celui de statistiques ethniques), pour deux raisons principales: mesurer la diversité permettrait de rendre compte de la discrimination «indirecte», tout au long d’une carrière par exemple ; et, en exprimant un signal fort de l’investissement des pouvoirs publics, «constituerait le meilleur outil contre le repli identitaire».

«Ce rapport clôt une phase scientifique et ouvre une phase politique. Au gouvernement, aux parlementaires de se saisir maintenant de ces propositions et d’aller plus loin.

Un point très positif: le rapport rappelle que les chercheurs ont déjà le droit, dans le cadre d’enquêtes ciblées, de recueillir le «ressenti d’appartenance» des enquêtés, le Conseil constitutionnel l’a confirmé. Réaffirmer cela signifie deux choses. D’abord qu’à cadre législatif constant, on pourrait faire plus. Ensuite que traiter ces données n’est pas incompatible avec les valeurs de la République. Pas plus que ça n’impose une marche forcée vers la mise en place de la discrimination positive.

Néanmoins, il faudrait aller plus loin dans la collecte de ces informations sur le ressenti. Je travaille avec Manuel Valls (PS) et d’autres députés à une proposition de loi en ce sens. Il n’est bien sûr pas question de remettre en cause le contrôle de la Commission nationale informatique et libertés (Cnil), au contraire. Ces statistiques doivent être anonymes, autodéclarées, facultatives.

En aucun cas il ne s’agit de constituer des fichiers ethniques, mais bien de nous donner un outil de connaissance dont nous avons besoin de manière urgente. Il n’est pas normal que dans notre pays nous n’ayons toujours aucun moyen de savoir si sur ces cinq, dix dernières années les discriminations ont augmenté ou diminué. N’attendons pas de sacrifier une génération pour faire bouger les choses.»
«On devine l’objectif de classement ethno-racial qui est derrière»

Jean-François Amadieu, sociologue à l’université Paris I et président de l’Observatoire des discriminations, laboratoire d’études et de mesures de toutes les formes d’inégalité des chances. Auditionné dans le cadre du rapport, il se positionne clairement contre les statistiques ethniques. Il a d’ailleurs créé avec plusieurs universitaires, au printemps dernier, «le Comité alternatif de réflexion sur les statistiques ethniques et les discriminations».

«Le fait de prendre en compte le pays d’origine et la nationalité des parents est une bonne idée. C’est une proposition assez consensuelle. Même si cet instrument de mesure ne suffit évidemment pas puisqu’il n’est valable que sur deux générations.

Plus inquiétante en revanche est la volonté de distinguer les rapatriés (d’anciennes colonies, ndlr) des immigrés. Sur quels critères ? Qu’est-ce qui les différencie ? Le rapport ne le dit pas… Mais on devine l’objectif de classement ethno-racial qui est derrière.

Autre préconisation complètement aberrante du rapport : vouloir comparer la situation de chaque entreprise en matière de diversité par rapport à son bassin d’emploi…. C’est n’importe quoi, la méthode est grossière et n’apporte rien. Je prend un exemple : pour savoir si un délégué syndical est victime de discrimination, il ne sert à rien de comparer sa situation par rapport au bassin d’emploi ! Il faut regarder son cas (salaire, évolution de carrière) par rapport à celui des salariés de l’entreprise qui sont au même niveau en termes de qualification et d’ancienneté.

De la même manière, demander aux entreprises un rapport annuel sur la diversité ne permet pas de lutter contre les discriminations. On voit la démarche : instaurer des quotas diversité dans les entreprise avec une politique d’objectifs et de sanctions… Ce n’est pas comme ça qu’on luttera contre les discriminations.»

Soutien à Emad Bornat, résistant palestinien

février 7th, 2010 Posted in A lire ou à relire… | No Comments »

Ci-dessous une lettre de remerciement d’Emad Bornat qui est l’un des pionniers de la lutte contre le Mur de l’annexion à Bi’lin. Grâce à vos dons, CAPJPO-EuroPalestine vient de faire parvenir à ce caméraman palestinien 2000 euros pour contribuer à payer ses frais d’hôpitaux après une grave opération liée à une blessure pendant qu’il filmait une manifestation.

« Je remercie infiniment l’association CAPJPO-EuroPalestine qui grâce à sa générosité me donnera la possibilité d’être opéré de l’abdomen, opération qui avait été reportée temporairement pour raisons médicales. Il y a un peu plus d’un an j’ai été gravement blessé dans un accident : j’ai été touché de plein fouet par un tracteur alors que j’étais en train de filmer les constructions dans la colonie Modi’in Illit qui s’élève à ce jour sur la terre de Bil’in. Au moment de ma blessure j’étais dans un état grave mais après 50 jours d’hôpital et après des soins intensifs je me suis remis. Mais maintenant, au bout d’un an je dois subir une autre intervention pour obturer l’abdomen. L’Autorité palestinienne, ne voulant pas payer ces dépenses, j’ai encore besoin d’aide pour terminer les soins qui restent à faire et pour subvenir aux besoins de ma famille à mon retour et continuer à participer à la cause non-violente contre le mur d’annexion et contre les colonies. Mon objectif est de finir le nouveau film que je projette en dépit de 5 caméras détruites par les colons et par l’armée israélienne. »

Emad Bornat

La Résistance contre le Mur à travers les caméras d’Imad Burnat, combattant modèle: un mur qui menace la vie

Imad Mohammed Yassin Burnat, 36 ans, originaire du village de Bil’in et père de quatre enfants, a rejoint le Comité Populaire contre le mur à Bil’in dès le moment où les bulldozers israéliens ont commencé à détruire les terres de Bil’in. Il a été la première personne blessée par l’armée israélienne dans le cadre de la résistance. Il a été choisi parmi ses camarades pour être le vidéaste du Comité Populaire et de cette façon pouvoir suivre de près les opérations et apporter toute l’information sur la violence, la brutalité et la répression exercées par les soldats. Lors de la première année du Mur à Bil’in, l’armée israélienne a essayé plusieurs méthodes pour dissuader les manifestants de poursuivre leur résistance. Cela allait des intrusions nocturnes dans le village, à l’assaut contre les maisons de combattants, au tir de grenades assourdissantes et à l’extorsion des jeunes de leurs maisons une fois baillonnés. Les soldats pratiquaient la torture, l’humiliation et parfois même les mettaient sous arrêt. Imad, ses camarades et un groupe de militants internationaux qui habitaient dans le village commencèrent à faire connaître les activités des soldats dans l’intention de les poursuivre en justice. Cela donna du courage aux habitants du village, augmenta leur envie de les défier, de s’opposer à eux et leur permit d’oublier leur peur. Cela eut aussi pour conséquence d’atténuer la violence des soldats qui craignirent des poursuites judiciaires. Imad a pris part à toutes les manifestations avec sa caméra dans le but de montrer toutes les violations faites par les soldats contre les protestataires. Jour et nuit, il usait de son énergie et de sa créativité, il accueillait constamment des invités et des délégations. Il avait coutume de dire « mes amis, n’ayez pas peur, cette caméra est votre protection et tout ce que vous faites est montré en détail ».

Imad s’est servi de sa caméra pour témoigner dans de nombreux procès qui ont eu lieu dans les tribunaux israéliens. Beaucoup de villageois furent arrêtés durant leur manifestation et comme d’habitude, ce que racontaient les soldats israéliens était pris pour argent comptant, mais les vidéos prises par Imad et ses compagnons ont prouvé la nature mensongère des propos israéliens. Les manifestants étaient la plupart du temps accusés d’avoir jeté des pierres, d’avoir agressé les soldats ou d’avoir intenté de prendre l’arme d’un soldat. Les soldats faisaient leurs déclaration au tribunal, mais le film montrait souvent le contraire et mettait les soldats dans l’embarras. Certains israéliens durent admettre que certains de leurs officiers les avaient forcés à faire un faux témoignage. D’autre part, il y avait beaucoup de manifestants qui avaient été blessés sans que cela représentât une menace pour ces soldats ; les vidéos d’Imad étaient donc là pour poursuivre ces soldats en justice. Les soldats israéliens étaient conscients des risques que les caméras leur posaient depuis le début de la résistance populaire de Bil’in contre le mur. Il n’y avait jamais d’incursion dans le village sans que les caméras soient prêtes à témoigner. Imad représentait une cible et avait été blessé des douzaines de fois, mais il était décidé à continuer la lutte en filmant, ce qui obligea les soldats israéliens à trouver d’autres moyens.

En octobre 2006, alors qu’il faisait un reportage sur une incursion israélienne dans le village, il fut arrêté et condamné à un mois de prison, plus deux mois d’arrêt domiciliaire en dehors de Bil’in. Quand il en sortit, il reprit de nouveau le chemin de la résistance.

Il y a un an, un des soldats lança sur lui une balle d’acier entourée de caoutchouc qui brisa sa caméra. Cette balle se trouve encore dans la lentille de sa caméra, un témoignage qui montre que la presse et les journalistes sont ciblés.

Imad prenit fréquemment la relève dans l’avant-poste destiné à protéger et à conserver les terres derrière le mur. Il venait là tôt le matin, observant les violations commises par les colons et encourageant les fermiers à aller travailler sur leur terre.

Le premier janvier de cette année, un groupe de colons fit rentrer des mobile-homes sur les terres de Bil’in, et à ce moment-là plusieurs jeunes gens du village s’avancèrent pour se confronter avec les colons. Cette action était suivie par Imad avec sa caméra. Le groupe arriva sur place à la nuit tombée et Imad se mit en position et commença à filmer ce qui se passait. Puis un certain nombre de colons attaquèrent Imad et ses compagnons et les ruèrent de coups. On les transféra immédiatement à l’hôpital pour les soigner. En réponse au travail courageux qu’ils avaient fourni lui et ses camarades, sa caméra fut brisée.

Imad fut nominé, avec d’autres membres du Comité populaire contre le Mur pour recevoir le prix Carl von Oostaizhaki. C’est un prix qui devait lui être attribué par l’Assemblée Mondiale des Droits Humains en Allemagne le 17 décembre 2008. Il allait être récompensé pour son rôle dans la défense des droits humains et avait obtenu un visa à cet effet. Il était impatient et attendait anxieusement ce voyage mais il n’a toujours pas été autorisé à partir.