De qui se moque la Garde des Sceaux ?

novembre 3rd, 2009 Posted in Evènements

Inaugurant les nouveaux locaux du conseil de prud’hommes de Saint Etienne le 19 octobre dernier, Michèle Alliot-Marie a annoncé qu’un décret visant à « donner une plus grande place à l’écrit » dans la procédure prud’homale était soumis au Conseil d’État et que l’Assemblée nationale débattrait avant la fin de l’année d’une « procédure participative » permettant « le développement du règlement amiable des litiges entre salariés et employeurs ». Il s’agirait de « négociations entre les parties, assistées par un avocat [pouvant] déboucher sur des accords, homologués par les juridictions ».

Ces déclarations sont stupéfiantes. En effet, face à l’émotion suscitée par les propos du secrétaire d’État Jean Marie Bockel mettant en cause la conciliation prud’homale et l’oralité de la procédure, la Chancellerie avait publié un démenti le 7 août dernier, affirmant qu’« aucune réforme de la procédure applicable devant le Conseil des prud’hommes n’est en préparation ». Aucune information n’a été donnée au conseil supérieur de la prud’homie réuni le 24 septembre dernier et qui pourtant doit être consulté sur tout projet concernant cette juridiction.

La conciliation prud’homale, procédure gratuite, sans représentation obligatoire, permettant d’informer les parties de leurs droits, d’ordonner le règlement immédiat des créances incontestables ou de prendre des mesures d’instruction préparant l’audience de jugement, est un des fondements de la prud’homie. Il y a urgence à la revaloriser et non à la remplacer par une forme de médiation extrajudiciaire, sans doute payante puisque l’assistance d’avocats y serait obligatoire, et source de délais supplémentaires puisque préalable à la procédure si elle ne débouche pas sur un accord. Les premières victimes en seraient les salariés les plus démunis.

La procédure orale, sans formalisme ni avocat obligatoire, où les parties comparaissent en personne est également essentielle à l’accessibilité et à l’efficacité de la juridiction prud’homale. Y porter atteinte serait un nouveau pas vers l’alignement des prud’hommes sur les tribunaux de droit commun, dissuadant nombre de salariés de faire valoir leurs droits.

Venant après les réformes de la carte judiciaire (suppression de 63 conseils) et de l’indemnisation des activités prud’homales (imposant aux conseillers un temps maximal pour étudier les dossiers ou rédiger une décision), ces projets s’attaquent à l’essence même de la justice du travail.

La CGT mettra tout en uvre pour y faire échec, dans l’unité avec toutes les organisations et associations soucieuses de la défense des droits des salariés.

  1. 2 Responses to “De qui se moque la Garde des Sceaux ?”

  2. By Pablo Le Guével on nov 4, 2009

    Pas d’accord.

    - L’oralité des procédures prud’homales ne laisse pas de trace écrite exploitable en cas de jugement futur ou de retour sur l’affaire.

    - Un avocat garantit à l’employé d’avoir une défense construite, et à ses côtés un connaisseur du droit français, élémentaire quand on est face à des « requins » qui connaissent leur Dalloz au mot près.

    - Pour le coté payant de l’affaire, il faudrait penser à une sorte d’aide juridictionelle, sur le modèle de celle disponible pour les jugements d’assise.

  3. By Martine Valla on nov 4, 2009

    Je ne comprends pas pourquoi Pablo Le Guével parle de l’oralité des prud’hommes, chaque procédure nécessite un dossier.
    Pour la procédure de conciliation il n’est pas toujours utile d’avoir un avocat et là j’en parle en connaissance de cause, un salarié peut se faire accompagner par un syndicaliste responsable des permanences juridiques de son organisation par exemple. Depuis des années les gouvernement remmettent en question cette juridiction réservée aux salariés, une bonne façon de le faire est qu’elle devienne payante.Ce n’est pas encore fait parce que nous saurons nous battre!!

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