Le Goncourt pour «Trois femmes puissantes» de Marie NDiaye

novembre 4th, 2009 Posted in A lire ou à relire…

Marie NDiaye a obtenu ce 2 novembre le prix Goncourt pour Trois Femmes puissantes, son neuvième roman, trois portraits de femmes en mouvement entre la France et l’Afrique. Nous vous avions présenté ce livre cet été, accompagné d’une vidéo de son auteur, et d’un PDF vous permettant de lire les premières pages du roman. Nous les republions.

Elle avait dix-sept ans, moi pas encore vingt, et je me souviens précisément du jour où j’achetai et lus, d’une traite, scotché, son premier roman: Quant au riche avenir, on n’aurait su mieux écrire. Je n’ai cessé, depuis ce mois de janvier 1985, non seulement de lire Marie NDiaye, mais d’attendre, impatient, ses textes.

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Avant même sa parution, le 20 août, Trois Femmes puissantes, son prochain roman, le neuvième, est un événement littéraire, l’un des deux ou trois très grands livres de cette rentrée. Rien de surprenant au regard de l’œuvre désormais considérable de Marie NDiaye.

Sans pour autant atteindre, avec ce nouveau roman, une quelconque maturité, puisque ses livres ont su immédiatement se hisser à ces sommets sidérants, elle parvient, comme chaque fois, à creuser autrement les mêmes sillons, inventant de nouvelles lames, des angles d’attaques inédits pour produire de la littérature.

Trois Femmes puissantes est un triptyque, un livre composé, comme une partition entre trois femmes en mouvement, déterminées, puissantes, donc: Norah, une avocate venue d’Europe au Sénégal, qu’elle connaît à peine, voir son père; Fanta, partie elle de Dakar pour s’installer dans le Sud-Ouest de la France, et qu’on ne voit qu’à travers les yeux de son mari le temps d’une journée; Khady qui cherche à quitter Dakar comme nombre d’autres Africains de l’Ouest pour rejoindre l’Europe.

Marie NDiaye y recroise ses thèmes, la famille, les situations de désorientation, et de domination de classe, de «race», de genrendiaye-marie-couv-trois-femmes-puissantes_01 plus encore cette fois, les frontières géographiques et sociales. C’est aussi en quelque sorte son premier roman africain, le continent d’où vient son père, qu’elle, la double étrangère, ne connaît qu’à peine, et dont elle livre ici des sensations de lumière et d’ombre, des descriptions coloriées plus que colorées.

Ces trois portraits, clos par de brefs contrepoints qui leur donnent une profondeur de champ, relèvent aussi du conte enrichi qu’affectionne Marie NDiaye, version adulte des beaux livres pour enfants qu’elle écrit aussi. Qu’elles soient longues ou courtes, au premier coup d’œil on reconnaît ses phrases, désormais aussi identifiables que du Claude Simon, sa si familière, et pourtant toujours mystérieuse, étrangeté, celle de ses personnages, décalés, son réalisme non point magique mais plus sobrement imaginé ou «exagéré», comme elle aime à le qualifier.

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