Pas de droit de vote pour les étrangers non blancs

janvier 20th, 2010 Posted in Billets d'Humeur

900395-1066546Burqa, identité nationale, vote des immigrés : du tout bon ! Autant d’occasions de ne parler ni du chômage qui augmente.

Ô combien significative de l’hypocrisie ambiante et du mensonge institutionnalisé que cette affaire du vote des étrangers aux élections locales.
Nicolas Sarkozy cherchait une porte de sortie du débat, en partie parasité par l’extrême droite, autour du concept d’identité nationale, et un moyen d’envoyer un signe en direction de la communauté musulmane qui – ceci explique cela – comprend de plus en plus d’électeurs. Il avait donc prévu de réitérer un avis favorable au principe du vote des immigrés aux élections locales (présents depuis 10 ans dans une commune, aurait-il précisé).
Eric Besson avait été chargé de préparer le terrain. Il s’était exécuté. Or, Martine Aubry, en présentant ses vœux à la presse, a annoncé que le PS allait déposer une proposition de loi sur le vote des immigrés. Aubaine ! Aussitôt la droite s’est déchaînée (avec l’aval, semble-t-il, de l’Elysée) et le pauvre Besson a été sommé de se dédire. Burqa, identité nationale, vote des immigrés : du tout bon ! Autant d’occasions de ne parler ni du chômage qui augmente, ni du déficit qui vient d’atteindre un nouveau record (presque un triplement en un an et demi), ni du creusement des inégalités.
Mensonge, parce qu’en l’occurrence les étrangers ont obtenu, depuis le traité de Maastricht, le droit de vote aux élections locales et que, par conséquent, il s’agit de ne l’interdire qu’aux étrangers non blancs.
Hypocrisie, parce que la gauche au pouvoir n’a rien fait pour faire avancer concrètement cette juste cause. En 2000, elle avait déjà fait adopter une proposition de loi par l’Assemblée Nationale, mais Jospin n’avait même pas transmis ce souhait au
Sénat.
Réflexion cynique du député
UMP, Hervé Mariton : « ce n’est pas parce qu’on paye des impôts qu’on doit bénéficier du droit de vote. Ou alors, il faut rétablir le suffrage censitaire ».
En revanche, on vient de décider d’accorder plus de députés aux Français de l’étranger qui, eux, ne payent pas d’impôts, du moins en France. C’est effectivement toute une philosophie.

Adieu Bensaïd

Le philosophe Daniel Bensaïd est mort. Idéologue en chef du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), mentor de Krivine et de Besancenot, cet acteur de Mai 68 qui refusait le « ressassement soixante-huitard » véritable « glue générationnelle », disait-il, a osé un travail théorique que tant d’autres ont délaissé pour des essais « bulles de savon » confiés aux vents dominants.
Je ne partageais pas du tout les convictions de Bensaïd. Mais ce penseur, chaleureux, éminemment sympathique, à la fois apparemment sectaire et profondément tendre, resta jusqu’au bout fidèle à ses rêves, auxquels il sacrifia et sa promotion sociale et le succès mondain. L’anti-Glucksmann en quelque sorte.

Burqa : la loi chewing-gum

C’est ce qu’on pourrait appeler, en politique, l’effet chewing-gum. On fait un coup. On en tire un avantage immédiat mais éphémère. Ensuite, on passe son temps à tenter de s’en débarrasser ou, plus exactement, de sortir du piège qu’on s’est soi-même tendu. Ainsi en fût-il du lancement à la soviétique d’un débat sur l’identité nationale. Ainsi en est-il de la loi sur la burqa, inutile puisqu’il suffisait, comme on l’a déjà montré ici, de rappeler et de proclamer que la dissimulation volontaire et systématique d’identité est interdite dans l’espace public. Et naturellement, cela va finir comme ça. D’ailleurs, la loi proposée par Jean-François Copé ne dit absolument rien d’autre. En cela, elle est tout à fait acceptable, mais inutile.
Mais, entre temps, quelle énergie dépensée à débattre de faux problèmes.
François Fillon, qui vient d’enterrer la loi au nom de la nécessité de la loi, a tenu à rappeler que, dans le gouvernement Raffarin, il fut le premier à défendre la loi sur l’interdiction du voile islamique à l’école. Une façon de rappeler que Sarkozy, lui, en bon communautariste, était totalement opposé à une telle loi.

Jean François Kahn

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