Aubry: « En France, la démocratie ne vit plus »

juillet 1st, 2010 Posted in Evènements

Affaire Woerth-Bettencourt, réforme des retraites, mesures d’austérité… la patronne du PS a répondu aux questions des lecteurs sur l’actualité.

Alors que son parti se réunira samedi en convention nationale pour entériner son projet de rénovation, elle est aussi revenue sur l’organisation des primaires pour 2012.

Sylvie : Que pensez-vous de l’affaire Woerth ?
Les socialistes posent des questions sur cette affaire depuis quinze jours. Eric Woerth a choisi de ne pas y répondre. Nous avons demandé une commission d’enquête parlementaire pour que la clarté soit faite. C’est essentiel, car, au-delà d’éventuels comportements pénalement répréhensibles, je pense que c’est avant tout un problème de morale et d’éthique qui se pose. C’est la même chose lorsqu’on parle des cigares achetés par tel ministre ou du logement de fonction prêté par tel autre à sa famille. J’ai d’ailleurs été assez heurtée que le président de la République envoie une circulaire pour rappeler à son gouvernement qu’on ne devait pas vivre sur l’argent public : cela paraît quand même être une évidence ! Toute cette accumulation d’éléments, après l’affaire Jean Sarkozy, m’inquiète, car elle pose un vrai problème de perte du sens de la chose publique. Ça me préoccupe que les Français puissent penser que tout le monde politique se comporte comme cela.

Ségolène Royal a dénoncé un “système Sarkozy corrompu”. Vous soutenez ses propos ?
Chacun s’exprime avec ses mots et son mode de pensée. Ce qu’a dit Ségolène Royal, c’est ce que pensent beaucoup de Français : depuis le Fouquet’s, tout le monde se rend compte qu’il y a une forme de rapprochement de ceux qui sont actuellement au pouvoir avec le monde de l’argent. Les présidents de la République précédents nous ont montré un autre visage de la fonction.

Laurence : Qu’est-ce qui différencie fondamentalement votre projet de celui du gouvernement sur les retraites ?
Nous sommes tous d’accord sur le fait qu’il faut faire une réforme des retraites. Mais pour qu’elle soit acceptée par les Français, il faut qu’elle soit juste et qu’elle règle le problème financier. En relevant l’âge légal de départ de 60 à 62 ans, le gouvernement prend la mesure la plus injuste et ne résout rien. Nous, nous avons mis sur la table des propositions pour une réforme juste et efficace avec des mesures démographiques, financières et structurelles. Nous savons qu’avec l’allongement de l’espérance de vie, il faudra travailler plus longtemps. Nous le disons. Mais nous voulons que ceux qui le veulent et qui le peuvent puissent continuer à partir à 60 ans, particulièrement les 3 millions de Français qui ont commencé à travailler avant 19 ans et qui ont leurs années de cotisations.

Jean-Louis : Comment jugez-vous la méthode employée par le gouvernement pour cette réforme ?
Sur un sujet comme celui des retraites, il faudrait un grand débat démocratique. Mais il n’y a pas eu de concertation et lorsque nous faisons des propositions, le gouvernement y répond par des invectives et des contre-vérités. Le vrai problème de notre pays aujourd’hui, c’est que la démocratie ne vit pas. Au Parlement, nous ne sommes pas entendus. Lorsque la gauche a fait de grandes réformes comme les emplois-jeunes, les 35 heures, la CMU, la parité, le Pacs, tout le monde n’était pas d’accord, bien sûr, mais nous avons beaucoup consulté, pris du temps pour dialoguer avant de décider.

Jérémy : Que pensez-vous de la rigueur qui se prépare, et notamment du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ?
Le Président mène une politique idéologique : pour lui, ce qui coûte ce sont les services publics. Mais ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite partout et de manière automatique, c’est inepte et brutal. Quand on diminue le nombre de policiers ou de professeurs et qu’ensuite on s’inquiète de l’insécurité et de l’échec scolaire, on est dans l’aberration. Bien sûr, il faut faire des économies. On a un déficit et une dette catastrophiques. Mais on doit les faire là où il faut ! Et la politique d’austérité mise en place par le gouvernement, qui coupe dans les dépenses sociales en pleine période de crise, risque de freiner la relance et de faire souffrir beaucoup de Français.

Pierre : Si la gauche est élue en 2012, reviendra-t-elle sur la baisse de la TVA dans la
restauration ?
Dans une période de croissance, baisser la TVA dans la restauration avec de vraies contreparties sur l’emploi, les salaires et la baisse des prix, je ne suis pas contre. Mais ce n’est pas du tout ce qui a été fait. Si on apporte cette mesure comme un cadeau, de la même manière que le bouclier fiscal ou la défiscalisation des heures supplémentaires, c’est une dépense fiscale coûteuse et inutile.

Brice : La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont défendu une taxe sur les banques au dernier G20. Cela va dans le bon sens ?
Ce que préconisent Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, c’est de taxer les banques pour mettre en place un fonds de garantie qui aiderait les banques si elles étaient à nouveau en difficulté. Pourquoi pas ! Mais les partis socialistes européens, eux, se sont mis d’accord pour mettre en place une taxe de 0,05% sur toutes les transactions financières des banques. Elle rapporterait 200 milliards d’euros. Avec cela, nous proposons de relancer l’économie. Ce n’est pas du tout la même chose.

Comment amener le PS à la victoire à la prochaine présidentielle ?
Nous avons lancé trois chantiers pour cela. D’abord, rénover le parti en l’ouvrant sur les Français et sur la société. Grâce aux militants, qui ont voté par exemple pour le non-cumul des mandats, nous allons avoir plus de jeunes, et plus de femmes élus. Ensuite, nous devons proposer aux Français un projet qui leur redonne espoir : un modèle d’économie durable et juste, une société qui apporte à chacun l’accès à l’éducation, à la santé, au logement… et qui lui demande en contrepartie de respecter les règles du vivre ensemble et de faire vivre la solidarité vis-à-vis des autres. Le dernier chantier, c’est le rassemblement de la gauche pour proposer aux Français, après en avoir débattu, un projet commun.

Avez-vous déjà une idée précise de l’organisation des primaires ?
Les primaires, c’est un formidable geste d’ouverture et de confiance du Parti socialiste envers les Français, qui pourront se mobiliser pour nous aider à choisir notre candidat. Tous ceux qui votent à gauche et qui le souhaitent pourront participer. Je pense qu’il devrait y avoir entre trois et cinq candidats. En tout état de cause, nous saurons nous réunir une fois le choix fait pour faire gagner la gauche.

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